Texte de la soirée d’échange du 8 mars : "Les luttes internationales des femmes - Hier, aujourd’hui, ici, ailleurs"

mercredi 5 avril

Contenu de la soirée du 8 mars

Le 8 mars, le CVA a proposé une soirée d’échange sur "Les luttes internationales des femmes - Hier, aujourd’hui, ici, ailleurs". Nous partageons dans cet article le contenu de cette soirée.

Cette soirée s’est découpée en deux parties :

Texte d’introduction à la soirée du 8 mars

Bonsoir à toutes et tous,

Au CVA 22, nous avons souhaité organiser cette soirée à l’occasion du 8 mars parce qu’il nous semblait important d’aborder cette date sous un angle résolument combatif. Non, nous ne célébrons pas la journée de la femme telle que nous la servent les médias majoritaires : certains vont jusqu’à souhaiter "bonne fête" aux femmes et pourquoi pas un bouquet de fleurs ou une tournée de vaisselle en moins, d’autres alignent les portraits de femmes qui "assurent" : banquières, chefs d’entreprise...
Le 8 mars, si on regarde un peu du côté de l’Histoire, c’est une histoire des luttes des femmes à travers le monde.
Avant son officialisation par les Nations-Unies en 1977, le 8 mars a emergé comme date phare du mouvement des femmes dans le contexte des luttes ouvrières et du combat des sufragettes pour de meilleures conditions de travail, l’égalité entre hommes et femmes et le droit de vote. C’est à la Conférence Internationale des Femmes socialistes en 1910 que l’idée d’une journée internationale de lutte des femmes est lancée, initiée par la féministe Clara Zetkin, compagne de combat de Rosa Luxembourg. Elle s’inscrit donc à l’origine, dans une perspective révolutionnaire.
Un an plus tard, en 1911, un million de femmes manifestent à travers l’Europe pour exiger des droits. Le 8 mars 1917, les manifestations d’ouvrières à Saint-Petersbourg sont l’étincelle qui met le feu aux poudres de la Révolution russe.
A partir de 1945, le 8 mars saute les frontières et est organisé partout dans le monde. En 1965, 3 ans après l’indépendance de leur pays, les femmes algériennes ayant joué un rôle actif dans la guerre de décolonisation manifestent pour conquérir leur place dans la situation politique qu’elles ont contribué à instaurer.
Un projet de loi visant à imposer un tuteur aux femmes pour sortir dans la rue donne un ton de révolte supplémentaire à cette journée : la loi ne verra pas le jour.

Partout dans le monde, des femmes se sont levées et se lèvent donc à la conquête de leurs droits, pour autant, la solidarité qui devrait en découler est parfois rendue difficile par les effets de domination qui peuvent se produire à l’intérieur même des rangs du féminisme. Ainsi les femmes ouvrières en lutte pour l’égalité, ont-elles pu ressentir une sorte de trahison une fois que le droit de vote a été obtenu et que la fraction plus bourgeoise de mouvement d’émancipation n’a pas poursuivi le combat pour davantage de justice sociale.
Ainsi encore la question emblématique du voile aujourd’hui : quand des féministes du Moyen- Orient se battent pour ôter le voile, d’autres vivant sur le sol européen revendiquent leur liberté de le porter. Autour de cette question, se cristallisent, notamment en France des enjeux qui ont fini par former un véritable kyste dans un contexte de racisme et de nationalisme exacerbés.
Au coeur du féminisme, des visions différentes : l’universalisme abstrait d’une part du mouvement féministe qu’on pourrait dire "dans la place", qui a du poids dans les institutions, et ne remet pas nécessairement en cause la question du pouvoir et d’une société profondément inégalitaire. Pour lequel il y aurait une bonne façon de lutter, la leur.

Un autre féminisme, dans les différents chemins qu’il emprunte ou qu’il recherche souhaite inclure l’ensemble des dominations, s’inscrit dans une perspective post coloniale, ou de lutte de classe et assume la volonté révolutionnaire de transformation radicale de la société. Affirmant que les dominéEs en ont assez qu’on parle à leur place.

Je vous propose deux extraits de texte révélateurs de ces problématiques,

le 1er, extrait d’un texte d’appel au 8 mars datant de 2015 écrit par des femmes du Moyen Orient, qui ont connu pour nombre d’entre elles l’espoir des Printemps arabes mais aussi la répression et la guerre :

Il faut mettre fin à la barbarie contre les femmes, quelque soit sa forme !
Face à ces crimes, pourtant, se lève un mouvement pour la libération des femmes et pour la liberté. A ce jour, ce mouvement s’est fait entendre avec le plus de vigueur avec le puissant mouvement contre le voile obligatoire en Iran ; en Egypte et en Tunisie, à la fois en chassant les Frères Musulmans du pouvoir d’Etat, et en jouant un rôle fondamental dans la révolution ; et en Turquie par la puissante lutte de la population, hommes et femmes, contre les tentative du soi-disant « Islam modéré » d’imposer des lois anti-femmes. De plus, ce mouvement se lève et résiste aux groupes islamistes mortifères en Egypte, en Tunisie et en Iran par des protestations nues, et des slogans comme « la femme n’est l’honneur de personne », « la femme n’est l’esclave sexuel de personne », etc.
Nous, sous-signées, nous considérons comme appartenant à ce mouvement qui se développe actuellement dans tout le Moyen-Orient et dans toute l’Afrique du Nord. C’est fondamentalement un mouvement sur une base de classe qui se lève contre la pourriture du capitalisme de notre temps et toute sa crasse. C’est un mouvement de femmes qui, promettant la liberté et l’humanité au monde entier, a déjà donné un caractère féminin aux révolutions dans cette partie du monde. C’est un mouvement laïque pour la liberté et l’égalité qui se dresse contre les forces terroristes islamistes ainsi que contre les politiques militaristes et terroristes des puissances occidentales et des Etats-Unis d’Amérique. Seul un tel mouvement est capable d’en finir avec le terrorisme islamiste et ses groupes barbares comme Al-Qaeda, Daesh, Al-Nosra, etc.
Nous, en tant que partie intégrante de ce mouvement, accusons fermement à l’occasion de ce 8 mars les groupes islamistes et leurs crimes tant dans la région que dans le monde. Nous demandons la séparation complète de la religion et de l’Etat, de la religion et du système éducatif et donc de la religion et de toutes les sphères de la vie publique. Nous considérons que ce sera une étape fondamentale vers la libération et l’égalité pour les femmes. Nous demandons l’égalité totale entre les hommes et les femmes dans toutes les sphères économiques, politiques, sociales et culturelles.
Nous appelons toutes les amoureuses et tous les amoureux de la liberté à nous aider à promouvoir notre mouvement et à signer notre manifeste.
Vive le 8 mars, journée internationale de revendications pour la liberté et l’égalité !

L’autre, extrait de l’appel au 8 mars 2017 des Femmes en lutte 93 et De Coordination 93 de lutte pour les sans-papiers :

Femmes en galère, femmes prolétaires, femmes sans papiers, femmes des quartiers : Rien ne nous résistera !
Nos corps et nos vies sont devenus les champs de bataille d’une vague réactionnaire, nationaliste, et capitaliste, à laquelle nous allons opposer une autre vague, une vague révolutionnaire !
Nous nous retrouvons au premier plan de la remise en cause des droits fondamentaux. Aux États unis et en Pologne avec la remise en question du droit à l’avortement, en Russie avec la légitimation des violences conjugales ; mais aussi en France avec le contrôle de nos corps, de notre habillement, touchant en particulier les femmes musulmanes qui ont même été interdites des se baigner en burkini l’été dernier, et la menace de fermeture sur les centres pratiquant l’interruption volontaire de grossesse (IVG).
Violences d’Etat, violences économiques, violences sexuelles, violences domestiques : Nous sommes les premières en tant que femmes et minorités de genre à trinquer. Au quotidien, nous subissons les soupçons lancés lorsque nous prenons la parole pour dénoncer nos agressions. Parfois même au sein des associations militantes, la violence est utilisée pour intimider les femmes et s’opposer à leur prise de responsabilité.
Il y a urgence ! Nos droits fondamentaux sont menacés et en danger ! Alors nous crions : Ce sont nos corps, ce sont nos droits, rien ne nous résistera ! Nous crions pour :
- Nos droits à une vie de dignité, avec ou sans papiers !
- Nos droits à toutes de sortir de la précarité, à sortir des boulots aux horaires fragmentés et sous-payés qui mettent nos santés en danger !
- Nos droits à toutes de disposer d’un logement stable et décent !
- Nos droits d’être toutes respectées, quelles que soient nos sexualités !
- Nos droits de ne pas être touchée, sifflée, frappée, mais d’être respectée dans l’espace public comme dans l’espace privé ! Contre les violences, contre le viol : brisons le silence !
Dans ce contexte, certaines préfèrent croire dans les institutions et les politiques. Nous disons que ce sont ces politiques :
- Qui protègent une police qui violente et tue nos frères et nos pères dans les quartiers et qui harcèle et détruit les sœurs et les mères que nous sommes…Pour cela nous crions justice pour Théo, Adama et toutes les victimes de la police, stop au harcèlement de la famille Kraiker !
- Qui divisent les femmes entre elles, en stigmatisant certaines d’entre nous, voilées et/ou racisées…
- Qui œuvrent à une plus grande précarité (loi travail) et à l’exploitation des femmes les plus précaires comme les sans-papiers…
- Qui se défendent d’un féminisme, soi-disant universel et qui est en fait raciste, islamophobe et bourgeois…
Nous ne sauverons pas nos peaux toutes seules, dans des stratégies individuelles ! Pour nous il est urgent de s’unir dans la riposte et dans la lutte collective ! Ensemble, dans la lutte, solidaires des plus précaires et des plus discriminées d’entre nous, rien ne nous résistera ! Nous formerons une vague révolutionnaire contre les oppressions sexistes, homophobes, et raciales !

Ce sont ces différents questionnements que nous proposons à l’échange ce 8 mars, dans un contexte international de remobilisation des femmes comme le rappelle le dernier tract lu. Partout, parce que le capitalisme sème la misère et la guerre, la régression des droits sociaux et des droits humains se fait voir. Chaque fois, ce sont les femmes qui ont à payer le plus lourd tribu : que ce soient à travers les violences sur leurs corps, violences conjugales et violences de guerre ou les violences sur les conditions de vie : chômage, précarité... Mais des argentines du mouvement Ni Una Menos qui veulent faire cesser les violences contre les femmes dont l’ampleur leur fait parler de "féminicide", aux femmes américaines qui ont déferlé à Washington, en passant par les islandaises qui se sont mises en grève à près de 90% en octobre dernier pour dénoncer ce qu’elles appellent "le salaire de genre", et par les appels en France ou en Italie à la "grève des femmes" pour le 8 mars, une vague se lève qui doit grandir encore.
Dans le contexte national également, où la stigmatisation des musulmanEs aime se parer du masque de la défense des femmes. Ainsi, Sarkozi qui n’hésite pas à dire qu’en france "la femme a toujours été libre", et jusqu’au Front National qui dit que voter pour le droit des femmes, c’est voter pour une Marine Le Pen. Outre que l’on connaît l’aspect violemment mysogine de ce mouvement d’extrême droite, le FN a systématiquement voté contre toutes les lois marquant des avancées dans le droit des femmes. Un texte est à votre disposition à ce sujet sur la table de presse.

C’est pour toutes ces raisons que nous pensons qu’il y a urgence à unir les forces pour un féminisme révolutionnaire, qui a la pleine conscience qu’on ne peut construire une société plus juste sans l’émancipation des femmes et qui place l’émancipation des femmes comme moteur de l’émancipation de tous et toutes.
C’est cette idée là également que portent les femmes kurdes et qui la mettent en pratique dans l’expérience du Kurdistan syrien : le Rojava. C’est pour cela que nous avons choisi de vous proposer ou reproposer des extraits du film "La guerre des filles" et que nous avons le plaisir de recevoir F., militante kurde, qui va également aborder la situation des femmes en Turquie.


La plateforme du CVA 22

Le Collectif de Vigilance Antifasciste 22 est d’abord né d’une réaction, d’une volonté d’action contre la propagation des idées d’extrême­-droite qui s’est concrétisée à Saint­-Brieuc par l’appel à un rassemblement contre l’accueil des migrants. Il n’était pas question pour nous de leur laisser la rue.

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